L’accessibilité des lieux à vocation culturelle : Lille, capitale européenne de la culture en 2004

Franck Bodin, maître de conférences & Isabelle Collin, doctorante, université Lille I, laboratoire "Homme, Ville, Territoire"

Dans les politiques d’aménagement urbain et plus généralement des espaces construits, l’accessibilité devient progressivement un axe premier de développement durable et d’actions publiques. La requalification de l’espace bâti à destination culturelle dans le champ du renouvellement urbain est réalisée dans un souci de responsabilité collective et d’une meilleure équité socio-spatiale. L’accessibilité, soit la capacité physique d’une personne à atteindre, à utiliser et à circuler au sein même de la structure, est un élément déterminant d’analyse spatiale. Peut-on aujourd’hui, considérer les conceptions bâties européennes comme répondant aux attentes légitimes des populations (enfants, personnes âgées, population en situation de handicap, populations défavorisées) ? Ces conceptions urbaines, architecturales dans leur ensemble, ne génèrent-elles pas des inégalités spatiales en rejetant une partie conséquente de la population par une carence en matière d’accessibilité physique et sociale (accès aux supports de mobilités-transports collectifs, voiries et mobiliers urbains, logements individuels et collectifs, établissements recevant du public, …) ? Au-delà d’une approche sociale déterminante, l’approche technique du bâti sur la base de standards définissant une norme ségrégative constitue le premier rapport de force entre le citoyen en quête d’implication et de reconnaissance sociale et le principe même de l’urbanisme opérationnel. 

Lille, capitale européenne de la culture est actuellement au centre d’un dynamisme culturel qui permet de lancer de nouvelles recherches et investigations de terrain sur le thème du droit et de l’accès à la culture, et ce notamment pour les populations socialement fragilisées. Derrière l’aspect purement conventionnel du programme culturel mis en place par les responsables politiques émerge un objectif ambitieux : ouvrir la culture à tous, abstraction faite des différences sociales et physiques. L’analyse de l’accessibilité à l’information culturelle et de l’accessibilité des lieux culturels et festifs par les catégories sociales les plus fragilisées permet d’identifier et d’apprécier scientifiquement la véritable politique de démocratisation de la culture. Les équipements culturels de la cité nordiste offrent-ils l’accessibilité attendue ? Sont-ils accessibles uniquement à une catégorie sociale (aisée, populaire,…) ? De même, l’analyse du débat sur la gratuité et sur « la discrimination tarifaire » des espaces culturels sur certains créneaux hebdomadaires ou journaliers permet également d’observer les nouveaux comportements des citoyens face aux nouvelles dynamiques culturelles.