Intercommunalité et construction des capacités collectives d’action dans l’espace intramétropolitain parisien

Marcel Rousset-Deschamps, maître de conférences à l’université Paris XII, UMR 7533 "Laboratoire Dynamiques Sociales et Recomposition des Espaces"

L’augmentation de la taille de la région parisienne et la mise en place d’un modèle de développement cognitif et relationnel recomposent les dynamiques territoriales et l’action publique de régulation. L’ensemble urbain tisse de nouveaux rapports avec les régions de l’espace national ou mondial et, réarticule ceux qui structuraient ses territoires. La différenciation, les disparités et, même la constitution de territoires intra-urbains sont les formes socio-spatiales métropolitaines, réactualisant la question de la dimension spatiale dans les dynamiques sociales des acteurs et groupes d’acteurs. 

L’opposition entre les tenants de la dé-territorialisation des stratégies et ceux de leur localisation semble, désormais, un peu artificielle. Un consensus émerge pour considérer que le développement et la production de valeur (s) impliquent à la fois, l’encastrement dans le territoire, afin de se procurer les externalités de relation produites par la formation sociale locale, et l’ouverture, pour utiliser les avantages comparatifs absolus et relatifs (coûts). La différenciation spatiale ne se fait plus essentiellement par les coûts mais par l’organisation et la qualité des institutions productrices des externalités immatérielles. La capacité de projet collectif d’action des acteurs locaux fait qu’il y a des gagnants et des perdants. 

La communication se propose d’évaluer cette conception, où se rencontrent des courants de pensée divers, dans sa mise en œuvre pratique. Elle donne des marges de liberté aux acteurs (élus, entreprises, habitants, associations, institutions publiques …) pour construire des projets et créer du développement social et économique. Mais, elle est porteuse d’un modèle spatial gros d’inégalités relatives, voire de dissociation des liens socio-spatiaux et de stigmatisation des acteurs et territoires. En effet, la production des savoirs – technologiques, relationnels et organisationnels – localisés demande la durée et des types de capitaux variés que possèdent fort inégalement les acteurs (firmes globales et TPE, cadres mondiaux et salariés déqualifiés) et les territoires (à haute ou basse intensité de connaissances, à faible ou forte capacité de projet). Enfin, il ne faut pas sous-estimer l’importance de la dé-spatialisation du social (Beck, 2000), qui sape, même dans les territoires les mieux lotis, les bases du politique et rend difficile la construction des capacités collectives d’action. 

La région parisienne est un champ d’étude particulièrement pertinent pour tester cette approche. Les évolutions institutionnelles récentes (de la planification hiérarchique pilotée par l’Etat à la démarche de projet régional stratégique, l’émergence du pouvoir régional, l’intercommunalité intra-urbaine...) donnent un cadre qui permet la mise en œuvre de stratégies de construction de capacités collectives d’action, mais sous les contraintes métropolitaines. 

La communauté d’agglomération Plaine Commune est l’un des territoires où cette démarche est la plus avancée, car elle s’appuie sur la pratique du projet de ville de la Plaine (Saint-Denis et Aubervilliers). La communication se propose de montrer comment, à partir des caractéristiques d’une formation sociale locale, le Conseil communautaire utilise l’espace, comme moyen d’intervention (offre foncière) et aussi comme valeur patrimoniale, combinée à celles du temps long, du travail et du labeur, pour construire une identité, et s’ériger comme l’acteur global, tissant des partenariats (entreprises...) à plusieurs échelles spatiales qui, en même temps, légitiment politiquement son action. Cette stratégie s’applique à la production de la ville au travers des choix de densité, de mixité et d’espace public ; de politique industrielle valorisant la constitution de grappes technologiques ; d’équipements publics sociaux, d’enseignement et de recherche. Il semble que l’intercommunalité introduise une spécialisation positive entre les communes en permettant des rapports construits, même si l’analyse des relations entre les dynamiques internes et externes conduit à relativiser fortement la capacité de construire un projet face à la puissance des mécanismes métropolitains (tension entre bureaux et logements).