Géographie sociale, territoire et limite. Pour une dé/reconstruction des notions

Stéphanie Lima, docteur, université de Poitiers, UMR 6588 "Migrations internationales, Territorialités, Identités"

Le découpage de l’espace pose problème. Par-dessus des réalités spatiales et sociales mouvantes, les limites des territoires institutionnels apparaissent comme des artefacts, des armatures dont la pérennité semble compromise. Pour autant, la fin des territoires politiques n’est pas annoncée. La fabrique territoriale est liée au fonctionnement politique et social, et ce à toutes les échelles. Cependant, l’approche du changement social par le territoire n’est pas suffisante. Les formes territoriales sont mises à mal par toute une série de processus spatiaux aux formes floues, diffuses et discontinues. La fonction de la limite institutionnelle et de la frontière politique est remise en cause par des logiques (économiques, sociales, politiques) qui outrepassent les cadres fermés que constituent les territoires politiques emboîtés les uns dans les autres. Dans le même temps, le déplacement des limites et leurs réajustements par rapport aux réalités spatiales et sociales, représentent des solutions temporaires face à l’accélération des mutations qui touchent nos sociétés. Dans ce cadre, les territoires institutionnels sont amenés à composer avec des formes spatiales de nature hétérogène, et ce au-delà de leurs propres limites. Il importe donc d’observer ces territoires « en germes » qui préfigurent de nouvelles territorialités et de les analyser du point de vue des groupes sociaux, des identités et des pouvoirs. 

Cette proposition de communication repose sur une recherche réalisée au Mali sur la construction des territoires communaux et menée selon une approche de géographie sociale. 

Le territoire, qui se place à la croisée de deux registres (géographique et politique), ressort à la fois affaibli et renforcé de l’épreuve du découpage communal. Affaibli dans la mesure où, selon la conception politique du territoire, le découpage est un acte unilatéral dont l’aboutissement est la production de limites territoriales stables. Renforcé, car il apparaît que le territoire, non cloisonné et relié à des réseaux sociaux, permet aux identités spatiales de se renouveler et de se renforcer, et ce à la faveur de la construction territoriale, dans sa dimension à la fois matérielle et symbolique. D’où une interrogation sur la nécessité de l’inféodation du fonctionnement politique à des formes territoriales fermées et figées dans leur matérialité. En effet, le continuum qui s’instaure entre les différentes formes spatiales prises à partie dans le découpage donne à voir un espace du politique ouvert et continu, et ce à la faveur des dynamiques réticulaires qui caractérisent ces sociétés. En cela, si le territoire perd en unité et en cohérence, sur le plan de la contiguïté spatiale, il gagne en adhérence dans le registre social, car il ne prétend plus contenir à lui seul la totalité des interrelations inhérentes aux différentes sphères de la vie en société (politiques, économiques, culturelles, etc.). La déconstruction, proposée ici, de la notion de territoire, est concomitante de l’hypothèse suivant laquelle ce ne sont pas tant les termes qui posent problème, mais les processus qui leur sont attachés. D’où la question de la place de la géographie sociale en tant que démarche dans la dé/reconstruction des notions de territoire et de limite.