Géographie sociale et dimension sociale de la santé

Sebastien Fleuret, chargé de recherche à l’université d’Angers, l’UMR 6590 "Espaces et Sociétés"
Raymonde Séchet, professeure à l’université Rennes 2, UMR 6590 "Espaces et Sociétés"

La santé est un enjeu humain, social, politique, économique. Il était donc logique que des géographes plus sensibles aux hommes qu’aux formes spatiales en fassent une de leurs thématiques de recherche. La rencontre entre géographie et santé est d’autant plus féconde que les manières d’appréhender la santé ont évolué et se sont diversifiées. La référence incontournable est la définition proposée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : plus que la simple absence de maladie, la santé serait un état de bien-être complet, physique, moral et social. En fait, trois grands modèles d’analyse de la santé des hommes cohabitent. Le premier, le modèle biomédical, définit la santé comme absence de maladie (disease) ou de perturbation d’une fonction physiologique ; dans le modèle holistique, la santé s’exprime en termes de bien-être, de qualité de vie liée à la santé perçue, et la mauvaise santé (illness) est ressentie lors de l’apparition d’un malaise, d’un mal-être ou d’une gêne fonctionnelle ; enfin, dans le modèle socio médical, la santé est conçue comme la bonne adaptation de la personne à son environnement social et la mauvaise santé (sickness) s’exprime par la perte des rôles sociaux. Aucun de ces modèles n’accorde le même poids aux différentes catégories de déterminants de la santé. En ce qui concerne par exemple l’impact des variables environnementales sur la santé, le modèle biomédical prendra surtout en compte les données relatives à l’environnement physique pendant que le second s’interrogera sur les conséquences en terme de bien-être de l’environnement social, c’est-à-dire du milieu dans lequel une composante de la société est immergée. 

La communication s’insère principalement dans l’axe 4 de l’appel à propositions, puisque l’une des questions qu’elle pose est celle de l’apport de la géographie sociale à l’étude des questions relatives à la santé en général, la santé publique en particulier. Par certains aspects, elle concerne aussi « l’action publique telle qu’elle se dit et se fait ». Cette communication est organisée en trois parties. La première retrace les grandes lignes de l’évolution de la géographie de la santé pour montrer comment, à l’image de la géographie dans son ensemble, celle-ci a évolué vers moins de déterminisme de nature et plus de prise en compte de la dimension socio-spatiale. Dans la seconde partie, le regard est inversé pour souligner quelques uns des apports des questions de santé à la géographie sociale. Enfin, la troisième partie vise à montrer la pertinence de l’analyse de la dimension spatiale de la santé pour l’intelligibilité des sociétés.