Emergence d’un espace public en milieu rural : jalons méthodologiques

Vincent Banos, doctorant en géographie à l’université Paris IV, Laboratoire "Espace et culture"
Jacqueline Candau, chargée de recherches en sociologie à l’université Paris IV

On assiste actuellement, en France, à une recomposition du contrat social unissant le monde agricole au reste de la société civile avec notamment la demande d’ouverture des espaces agricoles à de nouveaux usages au nom de leur caractère patrimonial et paysager, aussi bien de la part des pouvoirs publics que des publics. Ceci nous conduit à nous interroger sur la véritable concrétisation dans une perspective socio-spatiale de cette « publicisation » de l’espace rural : assiste-on à l’émergence d’un espace public en espace rural ? 

En effet, si la publicisation est maintenant largement admise, il convient de pousser l’analyse en profondeur en essayant de déceler dans les frémissements actuels, les traces visibles (matérielles et immatérielles) de la construction d’un ou de plusieurs types d’espaces publics, corollaire spatiaux d’un lien civil émergent. Partant d’une définition idéal-typique croisant une approche géographique et sociologique, nous avancerons trois dimensions constitutives de l’espace public : une dimension matérielle (accessibilité), une dimension sémantique politique (agora) et une dimension sémantique ( construction de sens). 

Cette présentation a pour but d’expliciter « l’opérationnalisation » du concept d’espace public ainsi défini à partir d’une enquête sur le Pays des Bastides, ensemble de trois communautés de communes dans le sud de la Dordogne qui cherche à conjuguer développement touristique et agriculture. Cette phase méthodologique est indispensable pour mettre à l’épreuve du territoire cette présumée appropriation publique de l’espace rural. Ceci nous amène à nous intéresser avant tout aux lieux, non comme simples marqueurs d’un territoire donné, mais bien dans une perspective constructiviste permettant ainsi de saisir la complexité des dynamiques territoriales à l’œuvre au quotidien. Pour la dimension matérielle, il s’agit de relever les indicateurs permettant de définir quels types de lieux dans l’espace rural sont accessibles à tous. La dimension politique est appréhendée à partir des projets d’intervention affichant une volonté collective afin d’identifier si leur élaboration donne lieu à l’émergence d’agora, ces scènes de discussions à plusieurs voix. Enfin, dans la dimension sémantique, il faut considérer la mise en récit des lieux afin de voir quelle pluralité de qualifications et d’appropriation par les pratiques ils font l’objet. 

Cette communication interdisciplinaire permet de participer activement au défi posé par le devenir des principes démocratiques, en s’attachant à interroger l’émergence d’un lien civil, sorte d’aboutissement d’une certaine relation à l’autre dans l’espace qui s’élabore dialectiquement au travers des pratiques quotidiennes des acteurs et au travers de l’action publique.