Durabilité des pratiques agricoles et relations sociales à retisser en périurbain ? Le cas du Mans

Yamna Djellouli, professeure à l’université du Maine, UMR 6590 "Espaces et Sociétés"
Christian Peltier, professeur au lycée agricole du Mans, UMR 6590 "Espaces et Sociétés"

L’aire urbaine du Mans s’étend à un rythme soutenu mais sans une trop forte déconnexion avec la croissance démographique périurbaine. Dans ce cadre, les agriculteurs se trouvent face à une pression urbaine certes notoire mais qui ne provoque toutefois pas de graves crises comme on peut l’observer autour de métropoles plus importantes. 

Depuis une dizaine d’années, mais de manière plus convergente depuis le début des années 2000, des acteurs du territoire (association Ceinture verte mancelle, lycée agricole du Mans, Chambre d’agriculture…) cherchent à croiser leurs approches sur cette question afin, d’une part de mieux contrôler la pression foncière, et d’autre part de mettre en place des outils permettant de renouer un dialogue entre agriculteurs et nouveaux habitants des espaces périurbains dont la culture agricole s’est plus qu’estompée pour ne pas dire perdue. 

Cette « reconquête » pose la question des bases de la négociation entre acteurs, de culture urbaine et « agricole » notamment. 

L’hypothèse ici formulée et défendue, est que les concepts du développement durable peuvent être des outils permettant de remettre en dialogue des populations dont les cultures, malgré et/ou à cause d’une urbanité grandissante, se sont éloignées. 

Ainsi, la mesure de la durabilité des pratiques des acteurs revêt-elle un caractère de première importance, en particulier celles des agriculteurs. Cette mesure est ici réalisée-expérimentée – avec la grille IDEA (indicateur de durabilité des exploitations agricoles) – à l’échelle territoriale d’une commune. Elle est renforcée par des enquêtes auprès des élus, agriculteurs et autres habitants de la commune afin de croiser les visions de chacun en matière de paysage, d’agriculture et de place de celle-ci dans l’aménagement du territoire de la commune. 

Les résultats sur une première commune périurbaine – d’autres communes vont être testées afin d’arriver à une vision et une mesure globale de durabilité des pratiques agricoles à l’échelle du Pays du Mans – montrent l’intérêt, à priori peu évident, des agriculteurs pour ce diagnostic de durabilité, et la déconnexion chez les habitants non agriculteurs entre la très grande importance du paysage dans leur choix résidentiel et leur intérêt pour une réelle connaissance des pratiques agricoles locales. Enfin, les réunions publiques et autres communications sur ces résultats soulignent la pertinence d’un dialogue agriculteurs-habitants sur les bases des concepts du développement durable.