Des mondes en volition

Béatrice Mésini, chargée de recherche à l’université d’Aix-en-Provence, UMR 6570 "Temps, espaces, langages Europe méridionale Méditerranée"

Les rassemblements anti/altermondialisation analysés depuis trois ans par le prisme des collectifs mobilisés (Droit au Logement, réseau Droit Paysan, Confédération Paysanne, AC !, MNCP, Attac… pour la France ou plus largement des collectifs brésiliens et sud-américains : mouvement des sans-terre MST, MLNM, Via Campesina) mettent en profondeur historique un champ large des revendications depuis 1999 à Seattle. En France : Millau, Larzac, Foix, Marseille, Nice, Larzac, mais aussi à l’échelon continental-Québec, Gênes, Qatar, Laeken, Barcelone, Séville, Johannesburg, Florence et Paris ; ou mondial : les trois Forums Sociaux de Porto Alegre puis Mumbaï. 

L’antimondialisation s’incarne en rassemblements contre la mondialisation libérale, c’est-à-dire en contre-sommets initiés par les acteurs lors des sommets internationaux et européens des chefs d’Etats et de gouvernements ; l’altermondialisation est analysée, pour sa part, dans la structuration des forums sociaux locaux, mondiaux et continentaux, menés à l’initiative des sociétés civiles en dehors de l’agenda politique. 

Les acteurs de ces mouvements soulignent par ailleurs que la mise à distance des catégorisations médiatiques et politiques est nécessaire, le terme antimondialisation est antinomique avec le vecteur d’une communication en réseaux, il s’agit au contraire d’un mouvement pour une « autre mondialisation ». Centrées sur l’être humain et menées au nom des peuples, les luttes actuelles s’articulent en réseau local/national/planétaire. Mais elles réalisent aussi la convergence des revendications et d’actions d’appropriation des moyens d’existence entre villes et campagnes, créant un espace public autonome découplé des instances traditionnelles de la démocratie "représentative". 

L’analyse des identités collectives mobilisées sur les mobilisations anti/altermondialisation alimente l’hypothèse de territoires acteurs qui résistent aux identités stigmatisées des « exclus de la planète » en s’incarnant dans les luttes de défense des droits garantis et dans celles qui portent en germe la définition des droits de la troisième génération sur l’axe nature/culture, les droits du vivant.