Des habitants si (peu) présents. Temps étudiants et temps urbains

Catherine Guy, maîtresse de conférences à l’université Rennes 2, UMR 6590 "Espaces et Sociétés"

Il y a dix ans, parallèlement à la réalisation du plan Université 2000, de nombreuses recherches universitaires ont mis en évidence les implications de la présence des étudiants dans l’espace urbain : demande renouvelée de centralité, effets sur le parc de petits logements, conséquences sur les transports collectifs et individuels, fréquentation culturelle, spécialisation des commerces, etc. Ces travaux laissent deviner, sans toutefois le formuler explicitement, que lorsque les effectifs étudiants sont proportionnellement significatifs à l’échelle d’une ville –cas de Poitiers et de Rennes-, ils y impriment leur rythme temporel spécifique, dont rentrée universitaire et périodes d’examens marquent les points d’orgue, quand leur empreinte se dessine encore -en creux- pendant les vacances de l’été, révélant ainsi une véritable concordance des temps étudiants et des temps urbains. 

Le temps relève de ces nouvelles catégories de l’action publique que l’individualisation des pratiques d’une part, la généralisation du travail salarié des femmes d’autre part, ont fait émerger, d’abord en Italie, puis plus généralement dans les pays de l’Union européenne. En constituant un « bureau des temps », des agglomérations comme Poitiers et Rennes ont engagé une réflexion active sur la question des temps sociaux, qui souligne combien le poids des étudiants fait émerger de nouvelles problématiques d’ajustement entre l’espace et le temps. 

En effet, l’agrégation de leurs comportements fait de ce groupe un « producteur de temps » notamment du fait du volume de temps individuel dont chacun d’eux dispose, plus élevé que ceux des actifs : les étudiants sont repérés par une très forte visibilité dans l’espace public urbain, qui s’observe à la lumière de pratiques temporelles tout à fait spécifiques, comme la répartition entre période diurne et nocturne. Paradoxalement, leur rythme de travail entraîne lui aussi de fortes contraintes temporelles pour les décideurs urbains, car la concentration des lieux d’études accroît systématiquement les difficultés de transport dans les agglomérations concernées. Outre les pointes quotidiennes et hebdomadaires, le calendrier annuel est fortement touché par les migrations étudiantes : si beaucoup s’évaporent dès le début du mois de juin pour ne réapparaître en masse que courant septembre, la période de fermeture des campus se réduit car les activités d’été s’y multiplient, drainant avec elles des jeunes qui demeurent demandeurs, et créateurs, d’urbanité. 

Mais il reste beaucoup à faire pour améliorer la connaissance des effets de la présence massive des étudiants sur les temps urbains, et les agglomérations qui se sont engagées dans cette action n’ont effectué qu’une partie très limitée du chemin. 

La communication s’attachera à identifier les enjeux temporels de la présence des étudiants à Rennes. Elle cherchera en particulier à caractériser la marge de décision les acteurs : de la formulation du problème à sa mise à l’agenda ; de l’articulation entre les territoires (quartier, ville, agglomération, pays) aux procédures de concertation et aux dispositifs contractuels.