De la division sociale de l’espace à la ségrégation sociospatiale : Quelle légitimité terminologique pour le géographe ? L’exemple d’un quartier tsigane à Bucarest

Samuel Delepine, docteur, UMR 6590 "Espaces et Sociétés"

La division sociale de l’espace constitue un thème majeur de la géographie sociale. S’il a fallu, un temps, justifier de son insertion dans le champ de la recherche géographique, les très nombreuses productions sur ce thème ces dernières années confirment son apport pour la discipline. 

La notion de ségrégation spatiale, elle, fait débat 

Souvent, il est question de ségrégations pour la mise en évidence d’inégalités, entre quartiers riches et quartiers populaires par exemple, alors qu’il s’agit d’une division sociale de l’espace selon les catégories socioprofessionnelles. Dans ce cas l’analyse des divisions sociales de l’espace urbain suffit à rendre compte des impacts spatiaux de ces inégalités sans introduire la notion de ségrégation. 

Cette superposition de concepts pose problème à des géographes tels que Marcel Roncayolo, François Madoré ou au sociologue Yves Grafmeyer. La notion de ségrégation dont le sens premier reste la mise à l’écart d’un groupe dominé par un groupe dominant comporte des sens multiples et est souvent suremployée dans un souci de dénonciation qui éloigne le chercheur d’une objectivité scientifique imposée. 

Des études personnelles sur un ghetto tsigane à Bucarest m’ont immédiatement amené à l’utilisation de termes forts pour exprimer les discriminations subies par ce groupe rom dans la capitale roumaine. Une étude géographique sur le thème des ségrégations sociospatiales s’est imposée sans plus de réflexions conceptuelles sur les notions applicables à la géographie sociale, le lieu étant à l’évidence sujet de ségrégations sociospatiales. 

Pour l’exemple traité, la démonstration montre qu’il n’y a pas remise en cause d’une étude en géographie sociale par la ségrégation car elle montre bien l’exclusion d’un groupe par la population majoritaire et toutes les répercussions sur l’espace de ce rejet. Cette conclusion, en revanche, n’est possible qu’après des éclaircissements indispensables sur le champ conceptuel de la recherche. Si la ségrégation est une notion applicable aux réflexions en géographie sociale, il faut la situer au sein de la recherche géographique car sa polysémie permet tous les égarements.