Connaissances, intérêts de connaître et géographie sociale

Julien Aldhuy, doctorant à l’université de Pau, UMR 5603 "Société, Environnement, Territoire"

Le contenu de la géographie sociale a toujours été difficile à définir. Ni les méthodes mises en œuvres ni les objets étudiés ne semblent suffirent à en définir un champ relativement stabilisé. Pour comprendre ce qui fonde la géographie sociale, nous proposons de situer notre questionnement par rapport aux modes de connaissances et aux intérêts de connaître qui pourraient lui être propre. Cette approche est inspirée de la théorie critique de Jürgen Habermas. Celle-ci postule que le champ des sciences peut être artificiellement décomposé en fonction de modes de connaissance distinguant trois types de savoir articulés à trois types d’intérêt de connaître. Le premier est dit empiro-analytique et s’applique plutôt aux sciences dont la finalité est technique et assure la prédiction assurée, le contrôle, la maîtrise voire la manipulation. Le deuxième est dit historico-herméneutique et s’applique aux sciences humaines, plus compréhensives, avec l’objectif d’améliorer l’entente intersubjective dans la collectivité humaine. Le troisième est dit critique et s’applique à toutes démarches ayant une finalité émancipatoire. Il ajoute que les deux premiers modes de connaissance doivent trouver leur sens ultime dans le troisième. Nous discuterons l’hypothèse très simplifiée que la géographie sociale s’est fondée sur le troisième mode de connaissance (critique des inégalités spatiales) en opposition au premier (la géographie classique et sont idéologie proche du pouvoir d’une part, l’analyse spatiale d’autre part) pour élargir par la suite son champ au deuxième (une tradition théorique et holiste). Ceci établit, et les conditions pour fonder la géographie sociale comme science critique ne nous semblant pas réunies, nous nous questionnerons sur ce qui pourrait réellement l’établir en tant que telle et sur ce qui la différencierait d’une géographie radicale.