Bénéficiaires de l’action publique exclus de la vita activa. L’exemple de la politique de la ville

Robert Hérin, université de Caen, UMR 6590 "Espaces et Sociétés"

La politique de la ville, mise en place par étapes successives à partir de la fin des années 1970, a pour objectif de réduire les difficultés de tous ordres des quartiers urbains dits sensibles et de leurs habitants et ainsi d’atténuer les inégalités sociales intra-urbaines. 

L’exclusion caractérise ces quartiers devenus prioritaires pour la mise en oeuvre des actions publiques de réduction des inégalités qui concourent à la marginalisation des couches sociales les plus défavorisées. Le chômage, la précarité des emplois, les échecs scolaires et les plus bas niveaux de formation, la désagrégation des liens familiaux et des tissus sociaux, les déficiences de santé, l’éloignement des lieux de culture et d’art, la distance matérielle et psychologique aux lieux où se concentre l’activité urbaine, etc… tout cela fait que nombre des habitants des quartiers populaires aujourd’hui en grande difficulté sont en marge des trois activités fondamentales : pour référence, le travail, l’œuvre, l’action… ; dans la vie quotidienne, pour beaucoup le chômage, le désoeuvrement, l’inaction… Beaucoup d’entre eux sont des bénéficiaires de l’aide sociale, minimas sociaux, CMU…, qui entre pour une part déterminante dans leurs revenus. 

Leurs rapports à l’action relèvent soit de la passivité et de l’assistance, voire du contrôle social, soit de manifestations de réaction : économie souterraine, trafics illicites, conduites délictueuses, violences urbaines – on se gardera, évidemment, de généraliser à l’ensemble des habitants et des quartiers. 

Dans la réalité, les actions publiques mises en œuvre sont appliquées pour l’essentiel de l’extérieur : services de l’État, des collectivités territoriales, bailleurs sociaux, caisses d’allocations familiales, entreprises privées quelquefois. Les partenariats que l’on tente de faire fonctionner et les lieux qui manifestent leur présence et à partir desquels ils se déploient multiplient les interventions auprès des personnes et des familles, tout en essayant de maintenir du lien social, ou de le recréer. Cependant des initiatives émergent de ces quartiers. Elles sont souvent, en relation avec les interventions portées notamment par les associations ; mais on connaît les difficultés et les limites de ces structures, sans mettre en cause pour autant leur intérêt. 

Pour ces espaces et ces groupes sociaux exclus, l’enjeu est donc celui de la ré-insertion dans les activités humaines fondamentales, celle du travail en premier lieu et plus généralement celles qui se rapportent à l’action, c’est-à-dire la capacité à décider et à agir de façon autonome et responsable, à se mobiliser, à œuvrer pour l’exercice démocratique d’un pouvoir effectif.