Acteurs et structures en géographie sociale : l’analyse du sport en questions

Régis Keerle, docteur, UMR 5045 "Mutations des territoires en Europe"

La géographie sociale, qui accorde un primat à l’explication sociale des faits géographiques, peut renforcer son identité par le dialogue avec les autres sciences sociales. Une conception structuriste du social, considérant les structures spatiales et territoriales comme des contextes qui, parmi d’autres, contraignent l’action sans pour autant la déterminer, autorise l’analyse conjointe du rôle des structures et des acteurs dans la production de l’espace. Une approche dynamique de ce concept est alors rendue possible par la prise en compte des systèmes d’interaction, tels que les réseaux sociaux, et des raisons de l’action, comme celles liées à la territorialité des acteurs. 

La diversité de ces territorialités s’explique par la multiplication contemporaine, au sein de la totalité sociale, de contextes d’action plus ou moins différenciés. L’un d’entre eux, le sport, est ici considéré comme un médiateur territorial, soit une activité qui fournit une occasion, pour les individus et les groupes sociaux, de se territorialiser, et pour les organisations sportives de contrôler une part de l’espace concret, tout en constituant pour les pouvoirs politiques une ressource favorisant l’identification à leurs territoires. Le sport est donc un champ dont l’autonomie relative par rapport aux autres structures sociales doit être problématisée pour que son analyse géographique rende plus précisément compte des localisations sportives et de sa participation à la construction des territoires. 

Cette analyse géographique, en prenant en compte la mobilité des acteurs à l’échelle de leurs trajectoires de vie, met particulièrement en valeur un effet de lieu qui joue le rôle de contrainte ou d’opportunité pour les acteurs de la société, relativement au sport comme domaine d’action. Selon la posture choisie dans les débats sur les conceptions de l’espace social chez les sociologues et les géographes, on conclura sur ce point au rôle plus ou moins important de l’espace concret dans l’élaboration des formes sociales du sport. Mais au-delà de cette question, cette analyse vise surtout à illustrer le programme de recherche d’une géographie sociale pour laquelle l’interrogation doit porter en priorité sur les formes de l’action et sur ses conséquences structurantes.