Les (dé-/re-)territorialisations de la lutte : Occupations de l’espace et travail de la signification dans le mouvement des intermittents du spectacle (2003-2006)


Sinigaglia Jérémy, docteur en sociologie, chercheur associé 2L2S-ERASE EA 3478 et UMR 7012 GSPE-PRISME, Metz et Strasbourg 

Les espaces occupés sont, au même titre que les registres de lutte, les identités revendiquées ou les techniques de lutte, des éléments qui contribuent à définir un mouvement de contestation. On peut ainsi faire correspondre certains espaces mobilisés avec certaines manières d’envisager la lutte, avec certaines causes : dans le mouvement des intermittents (2003-2006), les tenants du registre de la culture et de la défense des droits professionnels sont ainsi dans leur rôle et « à leur place » (au sens où celle-ci produit le sens qui convient à la situation et au discours tenu) dans un théâtre ou les locaux d’une DRAC alors que les promoteurs du registre de la précarité et de la lutte pour la création de nouveaux droits sociaux collectifs seront plus « à leur place » dans des lieux qui symbolisent la relation salariale (UNEDIC-ASSEDIC, ANPE, locaux syndicaux). Cela signifie que les territoires investis peuvent servir aux entrepreneurs de cause de support pour redéfinir les enjeux de la lutte (un changement de décor, une dé-re-territorialisation de la lutte, entraînant potentiellement un changement dans la signification du mouvement) et qu’ils ne sont pas simplement les lieux « passifs » dans lesquels se déroulent l’action.