"Ils veulent abattre le quartier" : Mobilisations minuscules contre les démolitions urbaines

Bertheleu Hélène, maître de conférences en sociologie, UMR 6173 CITERES, Université François Rabelais, Tours 

A l’heure où la plupart des villes disposent désormais d’instances locales de concertation, les habitants des quartiers populaires restent aujourd’hui les absents structurels de la démocratie participative. De même, comment comprendre que parmi tous les projets d’aménagement, ceux impliquant la démolition des logements de ces populations, soient précisément ceux qui suscitent le moins de protestations, mais aussi le moins d’effort public de concertation, même lorsqu’il ne s’agit que de fabriquer l’acceptabilité du projet ? Nous proposons ici de saisir sociologiquement les modalités d’action d’une mobilisation "minuscule", menée par des "acteurs faibles" au sens de Payet et Laforgue (2008) : leur engagement dispose de peu de ressources objectives mais se structure néanmoins autour d’une cause jugée juste, ce qui à leurs yeux les autorise à s’indigner, protester, mais aussi à se former et agir au nom d’un territoire "imaginé".