Entre ville visible et ville invisible : Recompositions urbaines des villes-capitales d’Afrique centrale

Lardeux Laurent, doctorant en sociologie, UMR 5040 - Groupe de recherche sur la socialisation, Université Lyon 2 

Le dualisme centre-périphérie des villes-capitales d’Afrique centrale, conséquence d’un agencement d’abord transmis par les politiques ségrégationnistes de l’administration coloniale et raffermi ensuite par les élites politiques de la période post-coloniale, se trouve aujourd’hui profondément remis en question par des citadins qui construisent de nouvelles sociabilités et entreprennent des initiatives collectives dans les interstices de l’espace urbain. La décentralisation, initiée depuis le début des années 1990, a d’abord posé la question de la gestion de la disparité urbaine, alors que la machinerie municipale est toujours trop faible pour instituer une péréquation au profit des quartiers pauvres. De fait ou de droit, de nouveaux mouvements se forment à partir des anciennes zones-tampons de la ville coloniale et font progressivement émerger de nouveaux espaces stratégiques, instrumentalisés à des fins de mobilisations politiques, provoquant des jeux de tension et d’interdépendance inattendus entre ville visible et ville invisible, entre espace physique tel qu’il s’institue par les agenceurs et promoteurs urbains et espace social tel qu’il s’insinue dans les interstices de la ville par les initiatives des citadins