Des habitants face à la dégradation puis la rénovation de leur quartier : une étrange passivité. L’exemple de la Croix-Petit à Cergy

Desponds Didier, maître de conférences en géographie, Laboratoire MRTE, Université de Cergy-Pontoise 

Implanté en plein cœur de ville, le quartier de la Croix-Petit a été l’un des premiers construit dans la ville nouvelle de Cergy-Pontoise. Ce quartier populaire offrait de multiples avantages en termes d’équipement et d’accès aux aménités urbaines à ses habitants. Présenté initialement comme un modèle, les évolutions constatées dans la décennie quatre-vingt, le rapprochèrent des quartiers à forte stigmatisation. En janvier 2002, l’équipe municipale décida de privilégier une opération de grande envergure dans une logique de tabula rasa. 
Il s’agit de s’interroger sur les réactions des ménages face à la dégradation croissante de leur quartier puis face au projet de transformation radicale de celui-ci. En dépit d’une grande lucidité sur les facteurs de la dégradation du quartier, les ménages ne parvinrent à réagir de façon coordonnée. De même, lorsque fut lancée l’opération de renouvellement urbain. Le contraste avec la capacité d’organisation des catégories aisées confrontées à un projet territorial déplaisant (cf. syndrome nimby) contraste avec la passivité observée à la Croix-Petit. L’appartenance à des catégories socialement défavorisées suffit-elle à expliquer la difficulté à se structurer en interlocuteur efficace et reconnu ? Ceci pose la question des inégalités quant à la capacité à faire valoir son point de vue quant à l’avenir d’un territoire.