Changer l’espace pour "changer la vie" : classes moyennes et habitat


Vermeersch Stéphanie, chargée de recherche en sociologie, UMR 7145 LOUEST, École nationale supérieure d’architecture de Paris Val de Seine 

Au début des années 1980 et dans la foulée des années 68, un groupe d’habitants angevins décide de faire de sa vie quotidienne un lieu de tranformation et de militance, à travers le montage d’une opération d’habitat social autogéré. Cette mobilisation pour faire de l’espace de vie un espace de changement des pratiques quotidiennes a payé pendant un temps, permettant de mettre en place des formes de voisinage qui dépassaient le cadre habituel de ces relations. Cependant, les modalités de renouvellement de la population, le passage à la co- propriété, l’essoufflement même des engagements militants et la volonté de "vivre bien" ont progressivement remis en cause les objectifs les plus politiques de l’expérience. Ne reste-t-il aujourd’hui qu’une agréable façon de vivre entre soi ? Au-delà du cas particulier, cette opération permet de revenir sur l’évolution des critiques artiste et sociale au sein de la société française : disparition ou intériorisation ?