Édito - Mars 2018

Ce deuxième édito est alimenté par l’actualité scientifique récente de notre UMR. Les Journées ESO de printemps ont pris cette année la forme de deux journées consécutives les 19 et 20 mars 2018 à l’Université Rennes 2. Elles ont couplé les travaux au long cours des axes du programme de l’UMR (Temporalités et histoires de vie, questions méthodologiques. Les chercheurs d’ESO face à l’environnement – Journée Axe 4 / axes 1 et 3 / Axe 2 - 19 et 20 mars 2018) et des journées scientifiques autour de la « jeune recherche » en sciences sociales de l’espace, précédées par un appel à communication.

Il s’agissait donc d’une part de permettre aux participants de s’imprégner des propositions scientifiques  diverses, de circuler d’un espace à l’autre et de discuter dans des moments de pause suffisamment longs et nombreux. D’autre part, les « jeunes chercheur.e.s » (et les moins jeunes qui s’étaient associés à eux) avaient ouvert leurs habituels séminaires à plus large que l’UMR et appelé à des propositions de communication de chercheur.e.s d’autres laboratoires en sciences sociales.

Ces deux séries d’objectifs me semblent largement atteintes, même si la frustration de ne pas avoir pu participer à toutes les sessions en cours a pu être ressentie par certain.e.s.  De ces sessions en parallèle, il ressort que les chantiers scientifiques avancent, sur le mode de l’atelier d’échange sur les méthodologies ou de la confrontation des approches (SHS et environnement, espaces).

Avant le bilan et les compte-rendus de ces journées que nous allons réaliser collectivement, je m’aventure à faire ressortir « à chaud » quelques lignes de force au sujet de deux thématiques structurantes proposées par les jeunes chercheur.e.s, et que les discussions des autres sessions ont abordées : l’interdisciplinarité et l’engagement.

  • Concernant l’interdisciplinarité, le partage de concept – au sens d’explicitation du contenu qui y est affecté – nourrit la compréhension mutuelle, mais ne permet pas toujours de continuer à travailler ensemble. La reconnaissance de la légitimité et de la valeur des approches des autres disciplines que la sienne construit les conditions d’un terrain d’entente ; si des chercheurs se sentent observés dans leur manière de faire de la science par les autres chercheurs, cette entente risque bien d’être mise à mal. Il a été relevé aussi que si le langage des scientifiques peut atteindre son but en produisant des termes hybrides satisfaisant plusieurs entrées disciplinaires, la sphère d’experts et d’initiés peut fonctionner à ce stade en vase clos par rapport aux espaces sociaux qu’il étudie.
  • La thématique de l’engagement interroge alors les recherches que nous menons, pour une part en lien avec la commande publique, les financements institutionnels voire des demandes sociales. L’engagement est entendu ici au sens de la prise de conscience des intellectuels qui, souhaitant s’impliquer dans le monde où ils vivent, mettent leur activité professionnelle au service d’une cause. Plusieurs prises de paroles ont souligné que l’engagement du-de la chercheur.e découle de sa relation au terrain de recherche, qui suscite des choix réflexifs et une implication sociale dans le suivi de « l’objet » étudié. Des désaccords ont pointé sur l’effectivité de la neutralité axiologique des scientifiques. L’occidentalisation de la pensée a été questionnée, ainsi que les questions éthiques soulevées par l’enquête « à couvert ».

Il nous reste alors à restituer ces riches débats, et à nous en ressaisir pour alimenter d’autres manifestations à venir et pour contribuer aux questions vives de la recherche sur les espaces des sociétés.

 

Emmanuelle Hellier

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Illustrations

Affiche - Mars 2018 - © ESO