Édito juillet 2019

Construire, déconstruire, débattre

À l’heure de retourner à notre quotidien, je tiens à revenir sur le colloque « Approches critiques de la dimension spatiale des rapports sociaux », organisé et co porté par ESO du 26 au 28 juin dernier. La chaleur de la météo était de la partie. Les collègues participants sont venus de toute la France, d’Europe et du continent américain (Toronto, Mexico, New York, Rio de Janeiro…). Ceux qui n’étaient pas là pouvaient suivre à distance sur #ESOJEDI2019.

Je retiens de ce temps d’échanges intenses trois enseignements pour la suite, à titre individuel et collectif :

1 – Prendre le temps de la réflexivité sur notre profession de chercheuse-eur, et pas seulement le temps d’un colloque.

Cela permet de construire nos choix et d’expliciter nos positionnements, de considérer les injonctions qui nous sont faites par les institutions, avec recul et critique. L’enjeu est de préserver un « métier » d’enseignant.e et de chercheuse-eur aujourd’hui menacé par l’« éparpillement » (cf. session 1B).

2 – Continuer à déconstruire intellectuellement les objets que nous traitons, checher à comprendre les processus spatialisés de transformations de nos sociétés, dans le cadre des rapports de gouvernement et de pouvoirs.

Cela permet de travailler sur nos méthodologies, d’éviter le « diffusionnisme dans nos approches comparées » (schémas eurocentrés, trajectoires normées…) (cf. session plénière). Cela permet aussi de « proposer des alternatives bouleversantes de la réalité » (cf. session 5A).

3 - Organiser le débat et débattre .

Plusieurs débats ont germé lors de notre colloque dans les sessions et dans les moments plus informels. Plus que la « construction politique des échelles », ne s’agit-il pas de penser « la construction scalaire du politique » (cf. session 6A)? Les « classes moyennes » existent-elles ? L’approche strictement constructiviste est-elle viable ? La politicial ecology peut-elle dialoguer avec la critical physical geography (cf. session 6B)? Comment dans notre métier de chercheuse-eur positionner l’éventuelle dimension militante dans des situations d’interface (cf. session 2B) ? Comment les expériences collectives d’enseignant.e.s hors les murs de l’Université peuvent faire école (et ne pas rester en « sous-marin »)(cf. session 1B) ? Quelle place pour les approches quantitatives dans la spatialisation des rapports sociaux ? (cf. session 5A), Etc.

Ce type de questions pourra faire l’objet d’échanges ouverts, dans un cadre moins contraint que celui d’un colloque et en accentuant l’attention sur les points de débat et d’apports mutuels entre géographie, sociologie, psychologie, anthropologie... Nous avons bien avancé sur les approches critiques lors de ce colloque à la fois studieux et convivial ; nous pouvons compter sur la « relève », jeunes chercheuses et chercheurs en sciences sociales.

Place à la valorisation de nos travaux et à toute forme d’événement qui permettra aux débats de s’épanouir !

Emmanuelle Hellier