Édito janvier 2019

Pour la recherche publique, mobilisation de toutes et tous !

 Alors qu’une baisse des recrutements de nouveaux.elles chargé.e.s de recherche s’amorce cette année 2019 au CNRS, la réaction d’une bonne partie de la communauté des UMR est vive face à cette annonce déjà suivie d’effet. Les 45 président.e.s de sections et de commissions interdisciplinaires ont cosigné une tribune dans le Monde le 1er décembre et invitent les directeurs et directrices d’unité (DU) qui le souhaitent à porter le badge ci-dessous le 1er février prochain, lors de la Convention des DU CNRS à Paris et du lancement des 80 ans du CNRS, en signe de mobilisation pour l’emploi scientifique. Certes, cette mesure de réduction des recrutements de chargé.e.s de recherche s’accompagne de l’annonce d’un renforcement des recrutements de personnels de l’appui et de l’accompagnement de la recherche. Mais ces recrutements avaient reculé les dix ans précédents. Certes, des bourses doctorales sont proposées durant trois ans par le CNRS, mais elles sont pré-ciblées par les Instituts, et vont porter des jeunes chercheurs vers des débouchés plus réduits !

Fondamentalement pourquoi réclamer ce maintien des arrivées de forces vives au CNRS ? Je souhaite répondre à partir de ma connaissance d’ESO, UMR en sciences sociales, et d’autres UMR qui reposent sur une équipe de recherche et de soutien à la recherche dynamisée et structurée par les personnels CNRS : administrativement parlant, mais aussi sur le plan de l’emploi, des ressources humaines et des rapports avec les tutelles, les ingénieur.e.s et technicien.ne.s du CNRS (IT) jouent un rôle capital dans notre UMR, en termes de vigilance et de pertinence ; ils permettent de trouver des règles communes à tous et toutes. Les chercheurs et chercheuses tiennent eux une place pionnière et centrale pour les axes et les  programmes de recherche, internationaux et structurants, même s’ils ne sont pas les seuls à porter des ANR ou des programmes européens et internationaux, ils les concentrent néanmoins. Ils.elles disposent également d’une capacité à prendre des risques dans la recherche, sur des sujets socialement et politiquement « sensibles », qui demandent une très grande persévérance et acuité ; les dossiers de candidats au concours chargé.e de recherches cette année 2019 souhaitant rejoindre ESO en section 39 illustrent typiquement ce type de parcours et d’ambition scientifiques.

Ainsi, je rejoins la tribune des Président.e.s de section quand elle souligne que les défis de connaissance et le « dépassement des frontières » (slogan du CNRS inscrit au cœur de son logo) seront fragilisés par « l’étiolement des forces » de la recherche publique. Cette tribune suggère de réorienter une partie du crédit impôt recherche vers la « capacité d’action et d’ouverture » du CNRS et des universités et établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Pourquoi ne pas relayer aussi cette suggestion dans le cadre du Grand Débat National qui vient de s’ouvrir pour deux mois, et auquel chaque citoyen peut avoir accès dans sa commune de résidence ?

Emmanuelle Hellier