Édito janvier 2018

Jouer avec les priorités

Pour ce premier édito du site Internet d’ESO – qui sera renouvelé chaque trimestre, je souhaitais mettre l’accent sur une question sociale qui se pose de manière à la fois globale et individuelle ; elle concerne l’éthique du travail et les rythmes de vie, celle des « priorités ». Question sérieuse, mais qui fait appel à notre créativité !

Dans nos vies professionnelles, avoir le temps d’organiser les différentes tâches à mener s’avère essentiel pour travailler sereinement. Or, les injonctions à agir vite et à répondre dans l’instant entrent en tension, voire en contradiction, avec cet objectif de qualité humaine dans le travail. Chacun peut identifier des situations quotidiennes dans lesquelles se pose cette problématique. Très ponctuellement, nous pouvons faire en sorte de répondre à des demandes « urgentes », si les circonstances le permettent. En revanche, dès lors que le raccourcissement des délais devient la norme des relations entre les acteurs professionnels, le système dysfonctionne et il n’est plus possible d’avancer. C’est alors que s’installe ce qu’on pourrait appeler la « tyrannie de l’urgence ».

Cette frénésie de la « sur-réaction » produit de fait un certain désordre dans le processus d’organisation des tâches car elle les place toutes au même niveau d’importance de réalisation. La simultanéité des exigences, si elle s’installe dans nos activités quotidiennes, dissout le fil directeur de l’action et fait perdre le sens des missions. Dans le même ordre d’idées, l’exigence d’une production ou d’un résultat dans un temps immédiat ou de très court terme n’est pas compatible avec les temporalités des activités de recherche, reposant sur le temps long et sur la maturation d’une méthodologie.

« Tout ne serait-il pas affaire de priorités ? » comme me le disait récemment un acteur du monde de la recherche scientifique.

En effet, rythmer son travail selon des priorités semble une piste de réajustement par rapport à des « urgences » soi-disant imposées de l’extérieur. Il est d’abord à voir si le caractère d’urgence est réellement externe, ou s’il n’est pas le résultat d’une internalisation inconsciente de l’injonction plus générale à la réactivité immédiate. Ensuite, ces « urgences » méritent sans doute d’être (re)mises à leur place en prenant le temps de les examiner (contenu, origine, pertinence…). Enfin, tracer des priorités consiste à s’approprier l’ensemble des missions qui nous incombent, au milieu desquelles figurent des tâches plus ou moins urgentes mais aussi des temps de latence. Les temps de l’intervention, de la réaction et de la suspension (re)prennent leur place. Les priorités s’échelonnent dans le temps ; elles ne reposent pas toutes sur les mêmes temporalités. Elles concernent des interlocuteurs et des parties prenantes différentes. Ainsi, il est souvent possible de « jouer » avec ces différents niveaux de temporalités, d’interlocuteurs et de partenaires pour ajuster les « priorités » les unes par rapport aux autres.

Je suis sûre qu’en face de ces considérations générales, chacun se représente des situations concrètes. Pour ma part, je peux évoquer en ce début d’année civile une des priorités de mon mandat de Directrice d’Unité, celle qui consiste à dynamiser l’information et la communication scientifiques de l’UMR, projet initié par mon prédécesseur Vincent Gouëset, mis en action par une référente et un co-réferent et porté par un comité de pilotage multisite. Inscrite dans un temps plurirannuel, tout en étant rythmée par des actions de court terme, cette action sollicite le collectif et toutes ses compétences !

 

Emmanuelle Hellier

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Illustrations

Janvier 2018 - © Shutterstock-Le Mans Université