Édito mai 2021

Ce nouvel édito est l’occasion de porter notre attention sur un des aspects peu connus du monde de la recherche : les coulisses du fonctionnement des revues. Pour ce faire, prenons l’exemple de la Revue Francophone sur la Santé et les Territoires (RFST) portée par ESO.

Cette revue pluridisciplinaire a été créée en 2015 dans le but de regrouper les publications portant sur les dimensions spatiales de la santé et sur les enjeux de santé dans les territoires. Auparavant de nombreux travaux existaient déjà mais ils étaient publiés dans des revues plus ou moins généralistes et très dispersés. Le contexte, au moment où la revue fut fondée, était favorable pour plusieurs raisons. Les géographes de la santé français avaient engagé des démarches de structuration et de réflexions collectives au sein du Comité National Français de Géographie (CNFG) et au sein du Collège International des Sciences du Territoire (CIST). Sur le plan international, les géographes français se lançaient en travail collaboratif, dans l’organisation de l’International Medical Geography Symposium (IMGS) qui devait s’est tenu en juillet 2017 à Angers. ESO était bien évidemment très impliquée dans ces processus.

La création d’une revue passe par plusieurs étapes. Tout d’abord, en concertation avec l’INSHS et CNRS éditions, le choix de l’open édition s’est rapidement imposé afin de contribuer à garantir une science ouverte. Pour une revue électronique, la cible était alors claire : intégrer la plateforme Open Editions Journals –OEJ- (qui s’appelait à l’époque revues.org). Pour cela, il faut remplir un dossier de candidature exigeant et démontrer d’une certaine structuration de la revue : comité scientifique, comité de rédaction, modalités d’évaluation des articles, arbitrages, formats, consignes données aux auteurs, etc. Il faut de plus justifier d’un nombre conséquent de textes déjà publiés (pour la RFST ce fut une quarantaine) et justifier d’un lectorat conséquent. En d’autres termes, pour devenir une revue reconnue, il faut déjà être une revue reconnue !

En attendant de pouvoir intégrer OEJ, la RFST a donc commencé son existence sous la forme d’un carnet de recherche organisé comme une revue et hébergé dans hypothèses.org. Et c’est là que le contexte favorable évoqué précédemment a joué. En effet, pour attirer des textes de qualité une jeune revue manque d’arguments. Et pourtant, la grande majorité des géographes de la santé français (et d’autres disciplines) ont joué le jeu. Les auteurs francophones dans leur ensemble  (chercheurs québécois, d’Afrique et du Maghreb…) ont fortement contribué également. Un autre écueil à éviter était le risque d’apparaître comme un carnet de publications d’ESO, dans une forme d’entre-soi.  Il fallait donc d’une part que les membres d’ESO qui proposaient des textes soient soumis à la même rigueur d’évaluation que les autres et que le rédacteur en chef résiste à la tentation de proposer trop fréquemment des textes signés de sa main.

Au rythme d’une douzaine de textes par années (avec des hauts et des bas), la RFST a peu à peu gagné en reconnaissance et la triste année 2020 a été éclairée, pour nous, par la bonne nouvelle : la revue a désormais intégré la plateforme OEJ au terme d’un processus d’évaluation qui aura duré deux ans. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, l’INSHS a apporté officiellement son soutien à la revue début 2021.

C’est un travail personnel et collectif de longue haleine que de faire vivre une revue. Pour le rédacteur en chef, c’est un temps de travail conséquent et le soutien bienveillant d’un comité de rédaction composé aux deux tiers de collègues d’ESO est fondamental. Outre le fait d’être une revue suffisamment attractive et reconnue pour attirer des contributions, il faut ensuite les énergies pour faire fonctionner le processus d’évaluation, notamment mobiliser des  relecteurs. Lors de la phase de mise en ligne une fois encore, les ressources d’ESO en interface avec Open Edition sont actives sur le plan de l’édition numérique (Stéphane Loret, Noémie Lebrun).

De nombreux collègues sont impliqués dans des revues et collections à des degrés divers (Mondes du Tourisme, Norois…). Le temps donné dans l’ombre par toutes ces contributions mérite d’être reconnu. Sans cet investissement, le dispositif de l’édition scientifique ne fonctionnera pas, ou bien il sera livré aux seuls éditeurs privés avec tous les risques que cela comporte…

Sébastien Fleuret